mercredi 25 janvier 2012

Chronique BD: 3 secondes

Lorsque je suis de passage à Montréal, à quelques 800 km de chez moi, je m'arrête toujours chez Planète BD. François, probablement un des meilleurs conseillers en BD au Québec, me suggère toujours une bonne lecture. Je ne voulais pas lire 3 secondes, plusieurs blogueurs me l'avaient déconseillés, mais François m'a dit qu'il fallait que je le lise, je l'ai acheté.

3 secondes n'est pas vraiment une BD, c'est une expérience graphique narrative. Une série de dessins qui ricochent dans tous les sens avec une intention précise pour nous montrer une moment x dans un endroit x. C'est un travail académique d'un bédéiste de grand talent. On lit une première fois pour vivre l'expérience , une deuxième fois pour apprécier les dessins si précis et riches de Marc-Antoine Mathieu et plusieurs fois après pour tenter de comprendre l'intrigue, de saisir tous les petits détails graphiques laissés précisément pour les spécialistes que nous sommes.

Suis-je satisfait de mon achat? Oui. Ai-je l'impression d'avoir lu une BD? Non. Ceux qui avaient aimé Dieu en personne ne s'y retrouveront pas. Ceux qui avaient adoré les prouesses artistiques quasi-mathématiques du Dessin retrouveront, à moindre échelle, cet éclair de génie. L'auteur s'es fixé un défi difficile, intéressant et il nous le partage, à nous de le prendre ou non.

mardi 24 janvier 2012

Chronique BD du mercredi: Habibi

Habibi après Blanket? Craig Thompson est un Américain du Wisconsin, un milieu rural entouré de catholiques presqu'extrémistes, son vécu en camp chrétien n'est que la pointe de l'iceberg. Dans son coin, ils votaient Bush. De le voir s'émerveiller devant la culture arabe, l'axe du mal pour nos voisins du dessous, lui si loin de cette réalité, atire mon attention et bonifie sa position d'ouverture sur le monde.



C'est après 7 ans de travail que l'auteur nous livre Habibi. L'histoire d'une jeune femme arabe et d'un jeune noir qui ont un destin très lié bien que sinueux. L'histoire se déroule en parallèle avec des récits de la genèse et des contes de mille et une nuit, accompagné de texte explicatif sur la calligraphie arabe. C'est une belle histoire d'amour et d'amitié, divisée en chapitres qui suscitent l'intérêt pour le prochain.


Graphiquement, c'est l'apothéose! Les décors et les contours des cases sont inspirés des motifs de tapis dignes des grands sultans. La calligraphie arabe se transforme tantôt en serpent, tantôt en rivière et le texte s'entremêle aux illustrations et je ne parle pas encore du dessin. Craig Thompson possède un trait d'une efficacité rare. Simplement les regards des deux personnages valent le détour. Une panoplie d'émotions passent entre leur yeux. Les décors de désert, de bidonville et de palais sont merveilleux. Je me suis permis de numériser une page, bien que j'avais peur de briser mon livre, mais pour vous...


Bien que cette brique de plus de 700 pages coûte plus de 40$, cet objet d'art vaut la peine. Non seulement c'est joli, mais c'est bon.


Voyez d'autres suggestions de BD avec le mercredi Bd de Mango.

mardi 17 janvier 2012

Chronique Bd du mercredi: Siegrfried

L’attente fut longue mais elle valait tellement la peine. La trilogie d’Alex Alice sur le célèbre et inépuisable opéra de Wagner prend fin avec ce tome magnifique, le crépuscule des Dieux.

Ce n’est pas pour rien que le dessinateur a pris du retard, le monde du cinéma a constaté son grand talent de metteur en scène. Sa BD est construite à mi chemin entre l’opéra et le cinéma tout en cadrant dans le médium narratif qu’est la BD. L’ouverture du début, les quelques pages avant qu’il nous happe de plein fouet avec le titre sur une double page est à coupé le souffle. C’est vraiment beau. Chaque personnage possède son phylactère spécifique. Ce qui permet à l’artiste de ne pas s’encombrer des houppettes, même plus de nous tracer l’itinéraire visuel des personnages par l’entremise de leur discussion. Il faut ajouter que les bulles de Fafnir ou d’Odin leur sont caractéristiques : sombre et solide. Plusieurs cases sont comme des icônes religieux, la lumière et la position des personnages marquent l’esprit. Graphiquement, c’est impeccable, même impressionnant.

On ne peut rendre l’entièrté de l’œuvre originale mais Siegfried donne un bel aperçu et une histoire riche en information sans être barbant autant qu’en action sans tomber dans le comics book de super-héros. Bref un bel équilibre. Mime est encore une fois utilisé pour alléger l’ambiance avec une touche d’humour délicate. Dans l’ensemble nous avons droit à une trilogie enlevante au rythme endiablé. Je n’ai pas pu attendre l’intégrale qui sera certainement un objet cher aux collectionneurs.

L’année part en trombe avec cette finale épique, mais sa date officielle de sortie m’oblige à la classer dans mon top 5 de l’an passé. Une chance parce que dans mon top 5 de cette année, elle aurait perdu un peu de crédibilité…
Mango et ses copains ont d’autres suggestions peut-être aussi bonnes que celle-ci dans les BD du mercredi… À lire !

Les 3 passoires

Plusieurs connaissent les 3 passoires de Socrate. Voilà une version BD.

mardi 10 janvier 2012

Chronique BD du mercredi : La bête du Lac

J’aimais bien Saga-Nah de François Lapierre, j’ai aussi adoré son chronique sauvage. Ses dessins et surtout ses couleurs sont magnifiques, un style bien défini et personnel. On ne parle même pas de ses couleurs sur Magasin Général, avant la quête et le grand mort. Ici, il est scénariste… La bête du lac !

La bête du Lac est illustrée par Patrick Boutin Gagné. On sent dans son trait une influence de Mignola et peut-être parfois une soupçon, mais très léger, de manga. Ses scènes de forêt et de taverne sont très crédibles et bien vivantes. Les scènes de déplacements du héros en particulier montre la forêt typique du Québec. La sirène aux jolis seins lourds et l’affreuse bête au visage balafré sont mes coups de cœur graphique.

François Lapierre construit son histoire sur des thèmes qui lui sont chers de par leur richesse : les légendes et le Québec d’autrefois. Ovide doit retrouver son frère jumeau qui est tombé sous le charme de la sirène. Voir une sirène sortir d’une trou de pèche sur la glace est assez étonnant. J’ai particulièrement aimé l’humour pince sans rire des dialogues de Lapierre. Les allusions, les petits double sens et aussi la qualité, auto-dérisoire à l’occasion, des poèmes d'Oriance.

Ce fut un bon moment de divertissement qui n’est pas sans rappeler les soirées de tradition orale de nos grands parents au coin du poêle à bois. De l'action, un peu de peur, de l'amour et des petites blagues ici et là.

C’est mercredi, gâtez-vous ou gavez-vous avec les chroniques BD de la bande à Mango.

mardi 20 décembre 2011

Chronique Bd du mercredi: Atar Gull

Les récits d’esclavages sont nombreux, on y voit souvent l’homme, beau, bafoué, au cœur bon, rêvant de justice, de liberté ayant une grandeur d’âme telle qu’il pardonne aux oppresseurs. Atar Gull n’est pas de cette race. Il rêve de vengeance, peu importe le prix, le temps.

Les dessins de Bruno qui semblait être fait pour exprimer les années 70 comme dans son excellent inner city blues servent ici à une tout autre époque. La jungle, qu’on avait vue dans sa série ovni biotope, les océans, les décors intérieurs également sont très crédibles et réalistes malgré un trait rond aux formes opaques. Bruno nous dessine un méchant àa la carrure digne des Dark Vador et Voldemort. Blupart est mystique, grand et son visage est de marbre. Ses cheveux et sa cape imposent. Sa cruauté est sans fin, bref un méchant qu’on adore détester. Atar Gull, le héros, est aussi intéressant. Sa masse musculaire, la largeur de ses épaules son crâne rasé et ses yeux foncés le rende redoutable et crée des attentes face à son destin impossible.
Fabien Nury, scénariste gage de réussite, adapte un roman d’Eugène Sue paru en 1831. L’histoire est bonne, on sait dès le début les intentions d’Atar Gull, mais il nous tient en haleine avant sa concrétisation. La réalité du monde esclavagiste est démontrée de façon très crue, voire choquante, mais il s’agit de fait, le roman à l’époque avait un but militant, Son parcours est semé d’occasions de mourir et d’injustice. La perception d’un homme noir comme une sous race est venu me chercher, la lecture nous plonge dans ce contexte et nous fait imaginer la vie de ses hommes, de ses femmes et enfants nés à une mauvaise époque.

C’est un livre que j’attendais avec impatience, que j’ai dévoré d’un coup, que j’ai relu que j’ai beaucoup aimé. La fin, que je ne dévoilerai pas, vous pouvez continuer la lecture, m’a un peu déçu par sa subtilité, par son manque de tranchant, étrangement, j’aurais préféré que ce soit tout blanc ou tout noir (!)


Pour d'autres excellents billets allez voir la bande à Mango

vendredi 16 décembre 2011

Chronique BD: Sillage liquidation totale

Sans le savoir j’avais hâte à cet album qui clôt enfin un cycle qui semblait être sans fin. Navis fait du gros ménage !

Jean-David Morvan a cette qualité de prendre en considération le caractère humain, dans le bon sens du terme, de ses personnages. Navis traverse des épreuves incroyables, normalement sa perception du monde devrait être altérée. Le genre science fiction ayant été inventé afin de critiquer le monde présent par l’entremise du futur qu’il sera. Le monde dans lequel évolue Navis est plutôt noir. Peut-elle restée joyeuse ? Cette évolution pessimiste en fait d’elle une héroïne blasée. Avec ce tome, on voit enfin une lumière au bout du tunnel, mais la tâche n’est pas facile. La rencontre avec le personnage sur la couverture est donc symbolique, elle affronte par lui, le sillage au complet.

Phillippe Buchet est fidèle au rendez-vous. Ses scènes de combat sont fluides et se comprennent bien. Son découpage n’est pas classique, mais n’est pas trop éclaté non plus. Sa force principale se situe surtout dans l’invention d’extra-terrestres, de vaisseau et de décors de forêt autant que d’intérieurs technologique.

Cette bande dessinée se lit bien, est divertissante, mais respecte un style populaire sans grande philosophie ou profondeur. On peut lire pour s’amuser ? Dans le cas de ce tome 14, liquidation totale, la mission est accomplie.

mardi 13 décembre 2011

Chronique BD : Doomboy

Tony Sandoval est un bédéiste particulier. On l’aime ou pas. Son univers s’articule autour de la mort, l’amour, du rejet, de l’acceptation de soi de l'intimité et de la musique. Ces thèmes me touchent, je l’aime bien.

Doomboy est un jeune guitariste qui fait des émissions de radio pirates anonymes. Il joue du haut d’une falaise, face au vent, face à l’horizon, face à la mer et c’est très joli. Il joue pour communiquer la peine d’une être perdue. L’illustrateur ose même, un projet téméraire, dessiner les sons. (L'image ci contre.)Voir un son dessiné de la sorte nous laisse imaginer ce que les personnages de l’histoire vivent et entendre, c’est très intéressant. Je dirai même que c’est poétique puisque son écriture, en image, évoque des images sonores en nous. De la méta-illustration si je peux me permettre ! Malgré un petit relâchement des couleurs et de certains détails dans ses personnages, que les puristes appellent minimaliste ou épurement du trait, c’est agréable pour l’œil. Les grandes cases de paysages sont magnifiques et certaines cases sont iconiques, on les voudrait sur un chandail ou une carte postale.

Comme je le mentionnais précédemment, côté scénario, l’auteur mexicain revient avec la mort qui est très présente. Je gagerai que son adolescence était ardue puisqu’ici encore le jeune héros est rejeté et mis à part. Le jugement des autres, l’expression de la violence suite à la colère, l’esprit de groupe sont des scènes récurrentes, mais tellement chargées d’émotions qu’elle font la force des ses albums. Il ajoute ici une touche de fantastique et des personnages secondaires attachants par leur complexité. On ne saurait prédire leurs actes tant leur position face au héros sont mitigée. C’est riche parce que réel.L'histoire, bien raconté, ressemble à nos vies. Lorsqu'il ajoute le petit bout impossible, on est déstabilisé mais embarqué.

Bref les amateurs du cadavre et du sofa et de Nocturno seront ravis par la force poétique des pages de Doomboy tant par ses dessins que ses ambiances intimes.
Pour d’autres suggestions, visitez les blogueurs de la bande à Mango.

lundi 12 décembre 2011

Chronique BD Fraternity tome 2

Fraternity ! Ahhh Fraternity, que de clics et claques sur la blogosphère face à cette trop attendue série ! Je suis du clan de ceux qui aiment.


Fraternity, pour les néophytes, est un village en marge de la société où les habitants pratiques une sorte de socialisme pur. Ce projet est dans un déclin grave. Plusieurs personnages gravitent dans la trame dont un enfant sauvage, une bête, une jeune enseignante et un vieux philosophe. Je dois d’office dire que Diaz Canales confirme ici ce que je pense depuis longtemps sans jamais oser l’avouer : il n’est pas un bon scénariste. Avouons le, les deux derniers Blacksad ont été sauvés par les dessins fabuleux de Guardino. Mais pour Fraternity l’auteur est pris entre deux choix. Faire 6 tomes pour approfondir toutes les pistes et risquer de perdre des lecteurs en route ou le boucler en diptyque et laisser des portes ouvertes… Moi j’ai choisi de suivre l’histoire d’Émile et de la bête. Je suis chanceux, leur relation est scellée dans le tome 2. Mais pour tous les autres, rêvons ! J’avoue qu’il y a élément à déception.


Par contre, les dessins de Munuera sont sublimes. Ses paysages, ses plans, son découpage, ses scènes de mouvement, j’adore tout du dessinateur de l’excellent Spirou et l’homme qui ne voulait pas mourir. Après avoir lu une première fois j’ai repris à zéro en ne regardant que les images, elles expriment tant. Bien que surutilisé, l’effet brumeux et sépia apporte une pauvreté, voire même un indice temporel, au contexte du récit.


Fraternity n’est pas à la hauteur de mes attentes, mais la lecture ou plutôt le spectre d’après lecture m’est agréable. Je termine alors sur une note positive en réservant un accueil sévère au prochain Canales.

vendredi 9 décembre 2011

Chronique BD: les Nombrils un coule d'enfer

Moment tant attendu dans les salles de classe, la sortie du dernier tome des Nombrils. Me libraire me confiait que plusieurs papas achètent pour eux autant sinon plus que pour leurs filles. Tous seront comblés par ce livre solide en tout point.

Marc Delafontaine, prend un malin plaisir à dessiner des arrières scènes, des détails et des scènes transitoires, ce qui enrichit l’album. Ces personnages comme Albin et la nouvelle Karine offrent une gamme d’émotion et de mystère dans la plus grande justesse de ton. Couleurs, décors, ambiances, rien à redire graphiquement ça coulent et ça se lit doucement.


Maryse Dubuc, accompagnée de son conjoint Delaf se défonce totalement. Le niveau scénaristique est tel que parfois je me demande ce qu’ils font dans un journal jeunesse. Autant les blagues sont savoureuses, le suspense est à son comble. L’imbécillité de Vickie est digne des imbéciles de Goscinny. Plusieurs blagues, comme celle de raison et maison, m’ont décroché un éclat de rire. Elle sait nous transporter et nous amener où elle veut afin que la chute soit plus délectable. J’adore que la ligne du punch se double, nous pensions A, il se déroule B pour la chute et vlan ce n’est pas C mais D. Attrapeur attrapé. Bref un humour très intelligent et un sens du gag très efficace En plus de respecter ce style de blague à chaque page propre au monument qu’est le journal Spirou, le scénario avance, les relations se compliquent et l’intrigue atteint son paroxysme. Comme pour le tome 4, on termine le livre en se disant pauvres auteurs, ils se sont peint dans le coin ! La relation Karine, et les deux pétasses, Karine et son nouveau, Karine et son ex. tout explose, revient, repart, on a des doutes on ne sait pas. De se faire trimbaler d’un côté et de l’autre comme ça est une expérience de lecteur de haut niveau. Un vrai bijou !


Quand je pense que certaines mamans refusent d’acheter à leur fille cette BD sous prétexte que les tenues sont inappropriées… Je n’ai pourtant jamais porté de braies rayées bleu et blanc torse nu!